François Mitterrand















  • Ecrire, c'est vider son sac.
  • Si j'avais le temps, j'écrirais l'histoire des fleuves que j'ai connus. Mais il devient de plus en plus clair que je ne l'aurai pas. La vie est trop courte pour vivre. On découvre trop tard que la merveille est dans l'instant.

  • Je n'éprouve pas de difficultés à m'adapter aux circonstances, phrase qui suscitera les commentaires  qu'on devine sur mon personnage tel que les gazettes le dépeignent, ondoyant et divers. Ce qui m'amuse d'avance.
  • Si j'aime qu'on m'aime, bien sûr, il ne faut pas m'en vouloir.
  • Trop de gens lisent mal Machiavel.
  • Dans les épreuves difficiles on ne franchit correctement l'obstacle que de face.
  • A côté des vrais grands hommes existent ceux qui croient l'être, innombrables, perchés à chaque étage de l'échelle des grandeurs. Sa sachant destinés à quelque rôle magistral, ils se parent des plumes de majuscules paons : chacun s'attribue ce qu'il n'a pas et vaticine selon l'influence qu'il s'accorde. La génie est un spectre qu'ils portent la tête en bas.
  • Nous sommes sans équivoque sous toute forme de censure. La sottise, la vulgarité ne se combattent pas par des mesures administratives.
  • Le mal que l'on imagine est insupportable, celui que l'on subit est presque toujours supportable.
  • Le plaisir d'être malade, c'est que l'on rencontre toujours Molière.
  • J'ai toujours eu le sentiment que je serais le tombeau du souvenir. Penser aux morts, c'est assurer la survie des gens qu'on a aimés, en attendant que d'autres le fassent pour vous. C'est un devoir de mémoire. Je me vois en gardien d'une forteresse - gardien de la mémoire, gardien du souvenir.
  • Ce n'est pas de mourir que j'éprouverai un gros souci. C'est de ne plus vivre.

  • François Mitterrand, l'humaniste, sur "La Pluralité des Cultures". 1987 à La Sorbonne.

    C'est très beau les langues mortes. J'en ai appris quelques-unes dans mon adolescence, et cela peut apporter à l'esprit de ceux qui en ont reçu le privilège, - privilège de plus en plus rare - une immense satisfaction, une sorte de goût esthétique, qui repose sur lui-même. Mais comment pourrait-on prétendre qu'un peuple tout entier peut s'assimiler à des langues mortes alors qu'il est sollicité par la vie ? Et quelle joie, et quelle force que de constater que la langue française est une langue essentiellement vivante, qu'elle est aujourd'hui parlée par quelques 120 à 130 millions de personnes. Qu'elle peut être comprise, en tout cas, qu'elle est encore employée dans bien des tribunes, des conférences, des enceintes internationales comme une langue - non pas plus facile à parler, mais plus facile à comprendre dans ses structures que tout autre - une langue qui ne demande qu'à revivre ! Surtout là où quelque négligence, quelque abandon, une sorte de perte de conscience d'eux-mêmes par les Français, aurait fait que le français se serait éloigné de la conscience universelle des hommes. (...).

    Alors, on entend dire quand même, c'est beaucoup plus difficile maintenant avec les Arabes, avec le langage arabe, avec la culture et une religion différentes. Ce n'est pas tellement sûr que les religions des pays que je viens de citer eussent été si semblables qu'elles apparaissent. Mais enfin, celle-là, c'est différent, c'est peut-être le même Dieu, mais ce n'est peut-être pas pareil et c'est une culture différente. Il y a eu des conflits, il y a eu des combats, il y a eu des luttes pour la possession du sud de l'Europe, des côtes méditerranéennes. Les religions ont inspiré des luttes parfois fanatiques.

    Il y a eu des haines que l'on croyait puisées dans le sang et puis finalement, si l'on écrivait la contre-histoire de tout cela, on s'apercevrait que l'interpénétration dans chacune des zones terrestres ou la civilisation islamique et la civilisation chrétienne se sont rencontrées, où les langues romanes ont rencontré la langue arabe, que cette interpénétration a produit des richesses culturelles considérables, remarquables et durables. Et que cela peut être parfaitement assimilé par les uns et par les autres. Regardez de quelle façon la France, à dominante catholique pendant si longtemps, fut impressionnée par la culture biblique, à quel point tout ce qui vient de la civilisation juive fait partie finalement presque de nos réflexes. Sans doute parce qu'une tradition s'est établie par les rites religieux, par les explications dogmatiques. Nous sommes français, nos ancêtres les gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un petit peu espagnols, de plus en plus portugais, peut-être qui sait polonais, et je me demande si déjà nous ne sommes pas un peu arabes ?

    Je reconnais que voici une phrase imprudente. C'est celle-là qui sera épinglée. Et qui incitera à dire : vous voyez bien, c'est le Président de la République qui l'a dit. Ils me la répéteront peut-être sans mettre exactement le même sens aux propos que je tiens.

    Je voudrais vous faire comprendre, pour terminer, que je suis l'un de ces Français de province, d'une toute petite province, qui ont beau rechercher leurs origines, - c'est un goût que l'on prend à mesure que l'on vieillit - venu du centre de la France, et qui n'arrive pas à trouver l'un de ses ancêtres. Un de ces Français qui a poussé l'audace d'aller chercher sa femme en dehors de ses trois provinces : le Berry, le Limousin, le Saintonge. A ma génération, c'était déjà presque inconvenant que mes frères et moi soient allés jusqu'en Bourgogne ! De telle sorte que je peux vous montrer mon pedigree, il ne manque rien ou plutôt il manque tout. Il manque tout ce qui n'y est pas, et ce qui n'y est pas, c'est le reste de la France. Pas une goutte de langue d'oc, pas mal de langue d'oïl. Je veux dire par là le Limousin, qui est plutôt d'oc. La ligne historique coupe vers le nord, et justement mes ancêtres viennent du nord. Bref, je devrais me sentir tout à fait engagé pour la défense de mon identité : surtout qu'on n'y touche pas ! Il est trop tard pour que je recommande à mes fils de ne pas s'égarer ! Je dis cela simplement pour vous montrer que l'expérience de ma vie, et la connaissance de l'histoire du pays qui est le nôtre m'ont conduit à recevoir tout ce qui venait de l'autre, dès lors qu'il était reçu dans la volonté de préserver l'essentiel de soi-même, sa propre continuité, sa propre identité, dès lors que l'on n'opposait pas sa propre faiblesse à la force d'expansion des autres, dès lors que l'on avait le sentiment qu'en fin de compte, rien n'avait de sens qui ne serait universel.

    Ayant compris cela, je suis sorti de ma province et je souhaite qu'à travers les générations, les Français qui viendront après moi, fiers quand même de ce qu'ont été ceux d'avant, considèrent que ceux d'après, ceux du siècle prochain seront plus forts, seront plus riches de culture, seront des Français plus proches de l'universel et donc de la compréhension des affaires du monde, s'ils savent admettre et comprendre les autres cultures pour en faire aussi leur propre culture. Cela se lie à des choix politiques en certaines circonstances. Je voudrais bien que ces choix politiques n'altèrent pas ce type de débat, et que puissent siéger dans des assemblées comme celle-ci des femmes et des hommes dont les conceptions de politique intérieure sont diverses, mais qui sauraient s'allier pour refuser tous les appels de l'inconscient ou de je ne sais quel subconscient mal réglé ou mal dirigé. Qui seraient capables de choisir l'unité de la France à construire, plutôt que le regret vain, parfois inintelligent, le refus de vivre dans son temps, ou le rêve de je ne sais quel âge d'or qui n'a jamais existé. Savoir que si âge d'or il y a jamais, c'est celui que nous construirons, celui que vous saurez construire, vous qui vous appliquez à la définition de cultures - plurielles -. Celui que nous construirons, avec les autres et par les autres, pour être davantage encore ce que nous sommes.

     

     

Petite anthologie de l'oeuvre politique, philosophique et littéraire de François Mitterrand, Président de la République française. Anthologie à jamais inachevée , tant le personnage et l'oeuvre  du Président sont denses. J'enrichirai cette page d'autres citations, en fonction de mes lectures. Je choisis les coups de plume du Président qui me parlent le plus. Je n'ai aucunement envie qu'ils soient commentés sur ce site. Je dois être un homme de gauche qui censure. Cela m'arrive. Et puis, devoir de mémoire du Président défunt oblige et engage.
Christian Vidal.
Membre de l'AIFM.

Année chinoise du buffle.

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