Mardi 3 juin 2008
Comment ne pas vous faire part de mon émotion en écoutant les entretiens de Marguerite Duras et de François Mitterrand. Deux êtres réunis dans la guerre et ensuite, séparés par deux itinéraires distincts mais qui jusqu'au bout de leur vie sont restés unis. On les entend rire, complices. Leur voix est jeune. Les entretiens ont été enregistrés chez Duras puis au Palais de l'Elysée. Immense culture de l'un et de l'autre. Un Mitterrand souriant, cabotin, séduit et séduisant d'être à côté de Marguerite et une Marguerite fantasque, brillante, ancienne communiste finalement fascinée par les États Unis d'Amérique. Deux êtres de Lettres et d'Histoire, chacun,  à sa manière,  laissant ses propres traces. Les entretiens au Palais de l'Elysée sont plus réfléchis de la part du Président, C.D. 2. Deux êtres charmants, charmeurs qui tels les deux anciens résistants se séduisent par leurs paroles, leurs sourires et leurs caractères sur bien des points similaires. On ne peut que s'amuser quand le Président taquine Marguerite sur la foule de jeunes gens qu'elle hébergeait, rue Dupin, Paris, en période guerre et de résistance à l'occupant . Le président, charmeur, s'en amuse. Le passage sur la symbolique de l'arbre, C.D.2 est remarquable. Le premier C.D. fera taire les mauvaises langues à propos du téléfilm de Moati que, pour ma part, je n'ai pas trouvé réussi. Je n'ai pas réussi à saisir le jeune François Mitterrand à la sauce Moati. J'en ai arrêté le visionnement et je l'ai repris quelques semaines plus tard. A mon sens, le téléfilm n'est pas réussi. L'incarnation du François Mitterrand, jeune, à Vichy, est ratée. Monsieur Védrine a largement répondu à la controverse "vichysoise" au sujet du Président sur le site de l'AIFM et il est inutile, à mon sens, que j'y revienne, ici. Ce qui les réunit, ces deux monstres sacrés, c'est cette force de caractère, cet absolu de réussite, d'un côté politique et de l'autre littéraire. Dans la fin de la première moitié des années 1980, les deux sont à l'apogée de leurs destins croisés et rassemblés. Le Président, monarque républicain, revient largement sur les grands travaux. Fin connaisseur de l'Histoire de France, il ne manque pas de développer sur le pavillon Richelieu du musée du Louvre. On découvre un Mitterrand à l'aise, lui qui au début de tous ses entretiens télévisés semblait crispé, gêné devant la caméra qu'il finira par apprivoiser. Deux êtres morts presque en même temps. Deux destins communs, deux destins hors du commun. Deux êtres pétris de culture.
Vive émotion à l'évocation du destin de Robert Antelme que Marguerite Duras écrira dans "La Douleur", syllepse du titre et de l'écriture du livre.
Vous trouverez ces deux C.D. à la librairie de l'Institut François Mitterrand, Paris. Emotion des voix, très jeunes, très jeunes de deux septuagénaires, dans la force de l'âge et de leurs complicités.

On rêve de tels personnages aux destins si complexes, si riches et si aboutis. C'était hier et cela semble déjà si loin en ce temps d'indigences politique et culturelle.
La complexité chez les êtres est justement ce qui les rend intéressants. Quoi de plus banal et ennuyeux que le lissage...
Il a manqué au Président le temps d'écrire, même si certains de nos politiques actuels seraient bien inspirés de relire ses publications et je pense notamment entre autres, à son journal, "L'abeille et l'architecte". Comme ce titre sied si bien au personnage..
Je terminerai ce billet, certes laudatif, par ces quelques phrases de Yann Andréa Steiner, le dernier compagnon homosexuel de Marguerite Duras, elle qui le maudissait de la laisser seule pour aller courir les hommes. Elle ne comprenait pas ça, le goût du mâle de son compagnon d'homme, elle ne comprenait pas ce qu'elle a appelé et écrit : " La maladie de la mort".
J'y reviendrai dans ma prochaine publication, "Marrakech...", au cours de  l'une de mes nuits marocaines.
Christian Vidal.


"Duras meurt le 3 mars 1996.
Mitterrand meurt le 8 janvier 1996.
Quand je vous annonce la mort du Président de la République dans le salon de la rue Saint-Benoît, alors que vous êtes à l'agonie, alors que chaque jour je ne sais pas si demain vous serez encore vivante, vous dites : Je le sais qu'il est mort, François. J'ai entendu la nouvelle à la télévision.
Voilà.
Ainsi s'achève une histoire d'amitié, de fidélité qui a commencé pendant la guerre. ..
."
Y.A.S..
C'étaient Marguerite et François.

Photographie de Eric.T.. A San Fransisco, USA. Tous deux sous le fog.
par Chris-Tian Vidal publié dans : LA DURAS. communauté : Communauté de l'opposition
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Dimanche 6 avril 2008
"Et elle vient d'où cette littérature?
J'aime les livres ouverts.
Venez dans la salle blanche. Venez m'enlever ma robe de soie. Je n'ai plus rien à porter.
(...)
Je n'ai jamais oublié un livre.
On est seul pour personne. Une misère pauvre. Une pauvre femme pauvre. Ce que je suis. Et c'est tout.
Ne me laissez pas tomber, je vous en supplie.

Je pleure au fond de moi.
Laissez-moi, je suis quelqu'un de libre.
(...)
Je vous ai connu très fort.
Je vais partir vers un autre degré.
Nulle part.
(...)
Je vous aime.
Au revoir."

Marguerite Duras.

                                     
                                             
                                              Cuba 2004.

J'adore Brigitte... Avec elle, l'écriture est dans tous ses états et c'est très bien
comme ça... " Ah! Que la vie est belle...". Brigitte Fontaine.
par Chris-Tian Vidal publié dans : LA DURAS. communauté : L'écriture dans tous ses états
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Sur la toile,
Vos retours de lecture sont les bienvenus.
"Marrakech..." est à paraître.
Merci.
Chris-Tian Vidal.


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