Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /2008 22:01
A l'attention de Michel Giliberti et de sa généreuse amitié, ce poème de Charles Baudelaire que m'a inspiré l'un de ses billets, sur son blog que je vous invite à parcourir.



Je vous invite, aussi,  à égarer votre regard sur les peintures de cet artiste.



Je me suis rendu compte que les êtres les plus raffinés avec lesquels on croit que le contact sera des plus difficiles sont de ceux dont l'abord est le plus simple, justement. Ces êtres-là, des humains, tout simplement. Des "trumains"...

"Les choses nous parlent si nous savons entendre", disait Barbara.


Le souvenir, cette chose, en substance disait Albert Cohen, qui n'est plus de la vie et qui fait mal. Tel est  le thème de mon manuscrit en cours. Quelque chose qu'on ne parviendra pas à toucher. C'est ça qui fait mal à l'homme.
Il faut donc s'inventer des souvenirs. Ce à quoi chaque être devrait s'employer.

Le Flacon

Charles Baudelaire. 

In  Les Fleurs du Mal.

1857.

 

Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre.
En ouvrant un coffret venu de l’Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l’âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D’où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintés d’azur, glacés de rose, lamés d’or.

Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l’air troublé ; les yeux se ferment ; le Vertige
Saisit l’âme vaincue et la pousse à deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains ;

Il la terrasse au bord d’un gouffre séculaire,
Où, Lazare odorant déchirant son suaire,
Se meut dans son réveil le cadavre spectral
D’un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence !
Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges ! Liqueur
Qui me ronge, ô la vie et la mort de mon cœur !

                     

Par Chris-Tian Vidal - Publié dans : Billets d'humeurs. - Communauté : BLOGS, en parler ...
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